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Quel avenir urbain pour Créteil Soleil ? Pourquoi pas un Louvre-Créteil ?!!

EDDY DE PRETTO
Ils ont enlevé l’soleil sur l’enseigne « Créteil Soleil »
J’ai rien vu, en un clin d’œil, ils ont décroché mes rêves, woh
Plus de repères qui tiennes, ils mettent ma ville en berne
Reste qu’un soleil qui règne sur l’papier canson qui traîne

Et si pour les 50 ans de Créteil Soleil en 2024, on réfléchissait sérieusement à son avenir urbain, son rôle dans notre ville ?

Construit en 1974 au cœur de Créteil, Créteil Soleil enregistre chaque année plus de 21 millions de visites, un flux qui l’élève au rang de 10ème pôle commercial européen et 4ème français, en termes de fréquentation.

Ce méga-centre commercial incarne parfaitement les dérives productivistes et consuméristes de notre société. En participant au grand déménagement du monde avec des marchandises importées à bas prix, il est incompatible avec la survie de notre planète et produit ici et là-bas des régressions sociales permanentes. A notre niveau et pour agir dès maintenant, nous appuyons depuis plusieurs années les revendications de droits collectifs pour les salarié·e·s du centre commercial : local syndical, restauration collective, rétablissement du repos dominical, droit de manifester, de diffuser des tracts…

Malgré son statut privé (gestion par la société financière KLEPIERRE), nous reconnaissons cependant à Créteil Soleil son rôle de place publique qui rassemble de nombreux habitantEs de Créteil et des alentours. Le centre commercial sert en effet de lieu de rencontres notamment pour la jeunesse. Dès lors, pourquoi ne pas ouvrir le champ des possibles en proposant une offre culturelle ambitieuse, accessible à toutes et tous.

En ce sens, nous avions critiqué la dernière extension de 12 000 m2, ouverte en novembre 2019, qui était pour nous une fuite en avant, portant l’espace commercial occupé à 136 000 m2. Cet investissement de 170 millions d’euros avec la rénovation des parties anciennes contribuait d’ailleurs à creuser l’écart avec l’ensemble du réseau commercial cristolien qui subit de plein fouet cette concurrence. Les autres petits centres commerciaux de quartier, accessibles notamment à nos anciens et aux personnes en situation de handicap, sont dans un état de délabrement avancé ou de sous-investissement chronique : Kennedy, Habette, allée du commerce, Palais ou Échat. Seule la rue piétonne de Créteil Village résiste grâce à la qualité de son offre commerciale qui n’est cependant pas à la portée de tous les porte-monnaie.

Il faut aussi souligner que le modèle du centre commercial a de nombreuses fragilités comme l’a souligné la pandémie de COVID-19 qui a imposé des fermetures pendant plusieurs mois. Par ailleurs, la consommation par internet réduit fortement les déplacements en magasin. Rappelons que la paternité du modèle du centre commercial régional est attribuée à l’architecte américain Victor Gruen, qui conçoit en 1956 le premier centre dans le Minnesota. Pourtant, aux États-Unis, depuis plusieurs années, des centres commerciaux ont été contraints de fermer face à la désaffection des consommateurs. Nous n’en sommes pas encore là en France mais ces évolutions de fond doivent nous interroger sur la pérennité de ce modèle économique. Après les friches industrielles, les friches commerciales ?

Lors des élections municipales de 2020, nous avions proposé avec notre liste Créteil, l’avenir en commun, d’engager une réflexion sur la requalification culturelle de Créteil Soleil. Nous lancions l’idée de la création d’un musée, pourquoi pas un Louvre-Créteil, permettant d’accueillir les collections d’un grand musée en banlieue. Utopique ?

Le Louvre-Lens, ouvert à la fin de l’année 2012, est un bon exemple de réussite pour rendre la culture accessible aux classes populaires. En dix ans, il a reçu 5 millions de visiteurs dont plus de 70% originaires de la région. Un quart sont ouvriers et employés, un tiers primo-visiteurs. Il y a aussi un engagement très fort en direction du public scolaire puisque environ 100.000 enfants ont été accueillis chaque année. Les collectivités locales ont financé la quasi-totalité des 150 millions d’euros d’investissement initial. Sur les 15 millions d’euros de budget de fonctionnement annuel, elles apportent 12,5 millions.

Certains estimeront sans doute que ce serait trop ambitieux pour la banlieue, qu’après tout il suffit de traverser le périphérique pour accéder à de prestigieuses institutions. Pourtant, nous connaissons trop bien les obstacles matériels, sociaux et symboliques qui privent les classes populaires de l’accès aux grands musées parisiens. De plus, combien de chefs d’œuvre dorment dans leurs réserves faute d’espaces suffisants ? Au côté du MACVAL à Vitry ouvert en 2005, premier musée d’art contemporain en banlieue parisienne avec 2 500 œuvres, le Louvre-Créteil pourrait être complémentaire dans le Val-de-Marne en présentant des collections classiques, avec par exemple une approche historique ou thématique (au hasard, le soleil dans l’art depuis l’antiquité !). Ce Louvre de banlieue pourrait être incorporé dans un ensemble du type de l’expérience du 104 à Paris, qui permet de donner accès à toutes les cultures en liaison notamment avec la Mac de Créteil.

La requalification d’espaces déjà construits est évidemment aussi un enjeu écologique afin d’éviter les émissions de carbone générées par de nouvelles constructions. La nature pourrait aussi reprendre ses droits dans un espace très largement occupé par des parkings pour les voitures. Le lien avec le lac de Créteil pourrait aussi servir de point d’appui pour des projets culturels.

Ce projet doit permettre également la défense de l’emploi à long terme et sortir de la précarité de nombreuses femmes salariées qui subissent les temps partiels dans le commerce. C’est des emplois de qualité qui seraient créés avec des statuts protecteurs pour tous les salarié.e.s, engagé.e.s dans ce projet ambitieux.

Il faut donc envisager avec enthousiasme que ces milliers de mètres carrés dédiés à la consommation en plein centre de Créteil puissent être réappropriés et destinés à offrir une nouvelle ambition à ce lieu : l’émancipation de toutes et tous par la culture.

Créteil, le 18 février 2023