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La crise du recrutement des enseignants met en lumière la volonté du gouvernement de mettre fin à une école de qualité gratuite pour tous.

Elle s’inscrit dans la logique gouvernementale de destruction des services publics.

Effectivement, au niveau national, c’est 3733 postes d’enseignants non pourvus à la rentrée 2022 qui oblige les rectorats a organisé « des jobs dating » pour espérer avoir un enseignant par classe à la rentrée.

Cette crise était prévisible mais le manque d’anticipation et le laisser faire du gouvernement a pour objectif  d’accélérer la privatisation de l’école et de la soumettre à une politique entrepreneuriale comme ce fut le cas pour l’hôpital public.

Pour gérer cette situation catastrophique, le gouvernement utilise deux leviers :

  1. La fermeture de classes qui a pour conséquence de gonfler les effectifs des classes existantes afin de diminuer les postes à pourvoir à la rentrée.

Depuis 2020, dans l’académie de Créteil, le nombre de fermetures des classes augmente :

2020 : 115 fermetures ; 2021 : 143 fermetures ; 2022 : 166 fermetures prévues.

  1. Embaucher des contractuels peu formés, inaptes (devant une classe à la rentrée après quelques heures de formation à distance) ne bénéficiant pas du statut de fonctionnaire titulaire et qui pourront être utilisés et remerciés dès que possible.

Les conséquences de ces mesures : la précarisation du statut des enseignants et la baisse de la qualité des enseignements offerts à nos enfants au sein de l’école publique.

Effectivement, dans l’académie de Créteil (départements : 94-93-77) sur les 1665 postes au concours des professeurs des écoles (CRPE), 900 seulement sont pourvus, ce qui signifie qu’il y a 800 enseignants contractuels à recruter pour la rentrée 2022.

Dans le Val De marne, à la rentrée, c’est 273 contractuels qui ont été recrutés avec 4 jours de formation express.

D’autant plus qu’à la rentrée pour pallier au manque d’enseignants, les remplaçants ont été affectés en masse à des postes à l’année, ce qui signifie qu’il n’y aura plus de remplaçants disponibles cette année quand un enseignant sera absent.

Comment en est-on arrivé là ? Quels sont les raisons de cette désaffection du métier d’enseignants ?

Le manque d’attractivité du métier d’enseignant est dû au bas salaire et aux manques de moyens attribués à l’école publique qui rend le métier difficile. Des classes de plus en plus surchargées ; davantage d’élèves présentant des troubles variés sans prise en charge (baisse constante des membres RASED au sein de l’école : psychologues scolaires, enseignants spécialisés, accompagnants, AESH…) ; des démarches administratives complexes qui empêchent l’enseignant de se consacrer pleinement à la pédagogie. Tout cela met à mal la mission d’instruction des enseignants qui ne peuvent plus faire leur travail correctement. Cette école laisse les enfants des classes populaires au bord de la route tandis que les enfants de famille qui arrivent à sortir la tête de l’eau s’en sortent bon gré mal gré ou fuient l’école publique qui ne remplit plus sa mission.

Pendant 5 ans, au lieu de rendre le métier plus attractif, le gouvernement a laissé faire et a continué à baisser le nombre de postes au concours.

La cour des comptes et les rapporteurs du budget de l’éducation nationale depuis plusieurs années anticipent la baisse démographique des élèves au sein de l’école publique (départ des élèves vers l’école privé) en recrutant massivement des contractuels à la place des titulaires fonctionnaires, le statut de contractuels étant beaucoup plus précaire et plus flexible. C’est un choix délibéré de privatiser l’école publique et de la soumettre à une politique de management à moindre coût et de moindre qualité. Rappelons que l’école privée est loin d’être un gage de qualité, là aussi il y a deux vitesses.

Le programme d’Emmanuel Macron pour l’éducation nationale est calqué sur celui élaboré par Max Brisson (responsable du volet éducation chez Les Républicains) : transformer l’école républicaine en une école anglo-saxonne sur un modèle entrepreneurial avec le chef d’établissement qui gère l’école comme un chef d’entreprise.

Pouvons-nous, à court terme, laisser se former en France deux écoles, celle des riches et celle des pauvres ? L’école privée et l’école publique ?

Cette rentrée 2022 gérée de manière catastrophique a eu pour effet dès le 5 septembre, la mise en grève de 5 collèges du Val de Marne et d’une école élémentaire :

Le collège Molière de Chennevières-sur-Marne dont les effectifs actuels en 4ème sont de 30, sans compter les élèves d’ULIS qui doivent être inclus. Les enseignants exigent la réouverture d’une classe de 4ème.

Le collège Barbusse d’Alfortville avec des classes de 6e et de 3e dont les effectifs montent à 29/30, avec des familles toujours en attente d’une affectation pour leurs enfants et une ULIS qui monte à 17 élèves. Les personnels exigent l’ouverture d’une 6ème et d’une 3ème, l’affectation d’un enseignant sur le poste d’ERSHE vacant.

Le collège Jules Vallès de Choisy-le-Roi, la grève a été décidée, pour exiger la réouverture d’une classe de 6e fermée en juin dernier (qui entraîne des effectifs pléthoriques de 27/28 par classe en cette rentrée), l’affectation d’un professeur  sur le poste d’UPE2A, le remplacement d’un professeur de mathématiques, l’affectation d’un PSY-EN, un temps plein d’AED supplémentaire, l’affectation d’un PLP en SEGPA sur un poste non pourvu depuis 2 ans, le recrutement d’AESH pour répondre aux besoins des élèves notifiés, un temps plein pour l’infirmière scolaire.

Le collège François Rabelais de Saint-Maur où les personnels exigent la réouverture de la classe de 6ème, la création d’un 2ème poste de CPE, le recrutement et l’affectation d’AESH supplémentaires pour accompagner les élèves en situation de handicap bénéficiant d’une notification de la MDPH.

Le collège Issaurat de Créteil est aussi en grève. Là aussi les personnels confrontés à des classes à 30 et 31, exigent l’ouverture d’une 6ème et d’une 4ème supplémentaires avec ses 29h réglementaires et alertent sur la situation des élèves en situation de handicap. L’ULIS comporte 38 élèves.

Alors que les collèges de Créteil font face aux graves problèmes évoqués ci-dessus, les élèves et les professeurs du lycée Léon Blum n’ont pas encore eu l’occasion de se pencher sur les éventuels dysfonctionnements de rentrée car ils se mobilisent contre leur Proviseure à l’origine de graves souffrances au travail. A l’heure où la pénurie de professeurs est criante, le bien être au travail doit aussi être une priorité.

Les écoles Eugénie Cotton de Champigny sont également en grève pour réclamer une ouverture immédiate en classe élémentaire et maternelle où les effectifs ne permettent plus une rentrée sereine.

Face à cela, le programme l’avenir en commun de la France insoumise préconise d’investir massivement dans l’école publique en augmentant le budget alloué à l’école afin d’embaucher suffisamment d’enseignants titulaires formés et le personnel d’éducation manquant (psychologues, enseignants spécialisés, infirmiers, médecins, AESH…etc.). Il prévoit une hausse des salaires de 15% pour les enseignants et réduit le nombre à 19 élèves maximum par classe. Augmenter les salaires, assurer une formation solide, redonner les moyens à l’école pour permettre que règne un climat propice à l’instruction permettra d’attirer et de former de bons enseignants afin d’avoir une école de qualité gratuite pour tous et qui remplit sa mission d’éducation nationale.

Il s’agit là de l’avenir de nos enfants. Agissons pour leur offrir une instruction digne et égalitaire car ils représentent l’avenir de notre société. Ne laissons pas l’école aux mains des capitalistes qui creuseront les inégalités afin d’accentuer leurs profits.

Tous ensemble, agissons pour garantir une école de qualité, gratuite et laïque pour tous.

Les insoumis.es de Créteil